Checklists BoatOn Book : 7 exemples concrets et comment les créer
Un inspecteur monte à bord. Il ne demande pas si la ronde de sécurité a été faite, il demande quand, par qui, et ce qui a été relevé. C'est généralement là que les choses se compliquent : la ronde a bien eu lieu, l'équipage s'en souvient, mais la feuille est restée dans le carré, signée par un marin qui a débarqué depuis.
La checklist papier n'a jamais eu de problème de contenu. Elle a un problème de preuve. Et pour un directeur technique qui pilote six bateaux depuis la terre, elle a un second défaut, plus gênant encore : elle ne remonte pas. Impossible de savoir, un mardi matin, quelles vérifications ont réellement été faites sur la flotte la semaine précédente.
Le BoatOn Book traite les deux sujets de la même façon : une checklist y est un modèle réutilisable que l'on rattache à des bateaux et à des moments précis de l'exploitation. Voici comment la construire, et sept exemples directement utilisables.
Le principe : un modèle, des emplacements, une exécution tracée
La distinction à comprendre avant tout le reste est celle entre le modèle et son exécution. Le modèle se crée une fois, dans Paramètres puis Checklists, et définit la structure : des sections, et dans chaque section les éléments à vérifier. L'exécution, elle, a lieu à bord, autant de fois que la checklist apparaît : à chaque navigation, à chaque tâche de maintenance, à chaque avarie.
Chaque élément d'un modèle peut prendre trois formes, et c'est ce choix qui détermine la qualité de ce que vous récupérerez ensuite :
Oui/Non. L'élément se valide ou se refuse d'un geste. C'est la forme par défaut, adaptée à tout ce qui est fait ou pas fait : un graissage, une ronde, un contrôle visuel.
Quantité. L'élément attend un nombre. On renseigne une quantité attendue, et l'exécutant saisit la quantité réelle. On peut y rattacher le composant concerné, par exemple le filtre à huile du moteur bâbord, pour que la consommation soit rattachée au bon équipement.
Description. L'élément ouvre un champ de texte libre, utile quand ce qui compte n'est pas de cocher mais de décrire : un bruit anormal, l'état d'une pièce, le relevé d'un compteur.
Un élément peut en outre être attribué à une personne, ce qui évite la zone grise habituelle où chacun pense que l'autre s'en est occupé. Enfin, le modèle se rattache à un ou plusieurs actifs, et pour chacun on choisit les emplacements où il doit apparaître : le début de navigation, ou telle tâche précise comme un contrôle annuel de la VHF ou une avarie moteur. Un même modèle peut ainsi servir à trois bateaux avec des déclenchements différents.
Sept checklists à mettre en place, par moment d'exploitation
Les exemples qui suivent sont volontairement courts. Une checklist que personne ne finit ne sert à rien, et l'erreur la plus fréquente consiste à vouloir tout y mettre.
1. Début de navigation : le départ quotidien
C'est la checklist la plus rentable, parce qu'elle attrape les problèmes avant d'appareiller plutôt qu'au large. Elle se rattache à l'emplacement Début de navigation et apparaît donc dans le livre de bord, à l'ouverture de chaque navigation. Visez cinq minutes, pas davantage.
Section Avant appareillage. Niveaux moteur et inverseur contrôlés (Oui/Non) · Fond de cale sec (Oui/Non) · Alarmes passerelle testées (Oui/Non) · Amarres et pare-battages à poste (Oui/Non).
Section Sécurité. Nombre de brassières à bord (Quantité, attendue selon l'armement) · VHF testée, canal 16 (Oui/Non) · Radeau de survie dans sa validité (Oui/Non).
Section Exploitation. Niveau de carburant au départ (Quantité) · Météo consultée et conditions acceptables (Oui/Non) · Observations du capitaine (Description).
2. Arrivée et fin de navigation
Beaucoup d'exploitants s'arrêtent au départ et laissent le retour à l'oral. C'est dommage, car la fin de navigation est le moment où l'équipage sait exactement ce qui n'a pas bien fonctionné, et le seul où l'information est encore fraîche. Rien n'empêche de porter une seconde checklist dans le même livre de bord, remplie avant d'enregistrer et de terminer la navigation.
Section Arrêt. Moteurs arrêtés et coupe-batteries ouverts (Oui/Non) · Vannes de coque fermées (Oui/Non) · Amarrage et pare-battages en place (Oui/Non).
Section Relevés. Compteur horaire moteur en fin de navigation (Quantité) · Carburant restant (Quantité) · Niveau des eaux noires et grises (Quantité).
Section À signaler. Anomalie constatée pendant la navigation (Description) · Consommable à recompléter (Description) · Bateau rendu propre et prêt à repartir (Oui/Non).
Le dernier point mérite qu'on s'y arrête. Sur une flotte de location ou de navettes, l'écart entre « le bateau est rentré » et « le bateau est prêt à repartir » est exactement ce qui fait rater une rotation le lendemain matin, un sujet que nous avions creusé à propos des flottes de catamarans de location.
3. Maintenance préventive : la vidange des 500 heures
Ici, la checklist ne se déclenche pas sur une navigation mais sur une tâche. On la rattache à la tâche de maintenance concernée, et elle s'ouvre avec elle. L'intérêt majeur du format Quantité apparaît à ce stade : en rattachant l'élément au composant, on sait non seulement que la vidange a été faite, mais sur quel moteur et avec combien de litres.
Section Vidanges et filtres. Vidange huile moteur (Oui/Non) · Huile moteur utilisée, en litres (Quantité, rattachée au moteur concerné) · Remplacement du filtre à huile (Quantité, rattachée au filtre à huile du moteur bâbord) · Remplacement du filtre à gazole et purge du décanteur (Oui/Non).
Section Transmission et commandes. Vérification du niveau et de l'état de l'huile d'embase ou d'inverseur (Oui/Non) · Graissage des câbles de commande, gaz et inverseur (Oui/Non) · État de l'accouplement et de la ligne d'arbre (Description).
Section Circuits. Contrôle de l'anode et pourcentage d'usure estimé (Description) · État du turbine de pompe à eau de mer (Oui/Non) · Serrage des colliers et absence de fuite après essai (Oui/Non).
Cette logique est le prolongement direct de ce que nous décrivons dans le guide de la maintenance préventive des navires : ce qui n'est pas enregistré au moment de l'intervention ne se retrouve jamais ensuite.
4. Maintenance curative : l'avarie
Une checklist curative ne sert pas à réparer, elle sert à ne pas perdre l'information au moment où tout le monde est occupé à réparer. Elle se rattache aux tâches d'avarie, et sa valeur se mesure six mois plus tard, quand il faut expliquer à un assureur ou à un affréteur ce qui s'est passé.
Section Constat. Description de la panne et circonstances (Description) · Date et heure de survenue (Description) · Compteur horaire au moment de l'avarie (Quantité).
Section Mise en sécurité. Équipement consigné et isolé (Oui/Non) · Navire en sécurité, exploitation suspendue si nécessaire (Oui/Non) · Armateur et exploitation informés (Oui/Non, attribué au capitaine).
Section Intervention. Pièces remplacées et quantités (Quantité, rattachée aux composants) · Intervenant extérieur et référence du rapport (Description) · Essais réalisés après remise en service (Oui/Non) · Photos jointes (Oui/Non).
5. Contrôles périodiques de sécurité
Contrôle incendie mensuel, contrôle hebdomadaire, contrôle annuel de la VHF : ce sont des checklists courtes mais récurrentes, et leur valeur tient entièrement à la régularité. Rattachez-les aux tâches périodiques correspondantes plutôt qu'à la navigation, sans quoi elles se déclencheront bien trop souvent et finiront cochées machinalement.
Section Incendie. Extincteurs en place, plombés et dans leur validité (Quantité) · Pression au manomètre conforme (Oui/Non) · Couverture anti-feu accessible (Oui/Non) · Détecteurs testés (Oui/Non) · Arrêts d'urgence et coupures carburant essayés (Oui/Non).
Section Radio et sécurité. VHF fixe et portative testées (Oui/Non) · Balise de détresse dans sa validité, date relevée (Description) · Feux de navigation et feux de secours fonctionnels (Oui/Non).
Section Moyens de survie. Radeau dans sa date de révision (Oui/Non) · Brassières contrôlées, nombre conforme (Quantité) · Bouées et feux à retournement en place (Quantité).
6. Inventaire et prise en main du bateau
Dernier cas, très utile en location, en gestion déléguée ou lors d'un changement d'équipage : la checklist d'inventaire, qui sert de constat contradictoire. Elle se rattache au début de navigation pour les flottes où chaque départ change de main.
Section Armement. Matériel de sécurité complet selon la division applicable (Oui/Non) · Annexe et moteur hors-bord présents (Oui/Non) · Mouillage principal et secondaire (Quantité).
Section Équipement de bord. Électronique de navigation fonctionnelle (Oui/Non) · Vaisselle et literie, nombre de jeux (Quantité) · Outillage de bord complet (Oui/Non).
Section État général. Rayures, chocs ou manques constatés à la prise en main (Description) · Photos de l'état initial (Oui/Non) · Signature du responsable de la prise en main (attribué à la personne concernée).
7. Conditions extrêmes : la checklist « basses eaux »
Les six modèles précédents valent pour une exploitation normale. Or l'été 2026 a rappelé qu'une partie des flottes fluviales et côtières navigue désormais plusieurs semaines par an en conditions dégradées : étiages sévères, canicules, variations rapides de niveau. La question occupe d'ailleurs une séquence entière des Assises nationales du fleuve. Dans ces périodes, les vérifications d'usage ne suffisent plus, car le risque change de nature : ce n'est plus l'usure qui menace le bateau, c'est le fond.
Plutôt que d'alourdir la checklist de départ toute l'année, mieux vaut créer un modèle complémentaire, activé seulement le temps de l'épisode et rattaché aux mêmes emplacements que le départ quotidien. En voici une trame, à adapter à votre flotte et à votre bassin de navigation :
Avant l'appareillage. Consulter les avis à la batellerie et les prévisions de niveaux (VNF, ELWIS pour le Rhin), ainsi que les enfoncements autorisés par section · Calculer l'enfoncement réel, charge et assiette comprises, et la marge sous quille aux points critiques : seuils, gués, passes, pertuis · Adapter le plan de chargement en réduisant la charge et en corrigeant l'assiette pour éviter l'enfoncement sur l'arrière · Nettoyer les crépines et les filtres d'eau de refroidissement, et embarquer des filtres de rechange · Vérifier le sondeur, son étalonnage et son alarme de hauteur d'eau réglée sur le seuil de sécurité · Préparer ancres et treuils, les points d'amarrage habituels pouvant se retrouver hors d'eau.
En navigation. Réduire la vitesse dans les sections peu profondes pour limiter le squat · Surveiller en continu la température moteur et la pression d'eau de refroidissement · Consigner immédiatement tout contact avec le fond : heure, PK, vitesse, enfoncement · Après un talonnage, contrôler les vibrations, la température des paliers et le comportement du gouvernail, puis sonder cales et ballasts.
À quai ou en stationnement. Vérifier que la hauteur d'eau au poste restera suffisante si le niveau continue de baisser, pour éviter l'échouage à quai · Adapter les amarres aux variations de niveau · Contrôler l'huile à la recherche d'une contamination et, si possible, inspecter hélice et safran au plongeur ou à la caméra.
Après l'épisode. Programmer une inspection des œuvres vives (hélice, tuyère, safran, ligne d'arbre, fonds) à la prochaine mise au sec · Analyser les talonnages consignés pour repérer les secteurs et les unités à risque · Déclarer tout dommage à l'assureur dans les délais et conserver les preuves, photos et journal de bord.
Deux détails méritent attention au moment de créer le modèle. L'enfoncement réel et la marge sous quille gagnent à être saisis en Quantité plutôt qu'en Oui/Non, puisque ce sont précisément les valeurs que l'on voudra comparer d'un bateau à l'autre et d'une semaine à l'autre. Quant à la consignation d'un talonnage, elle appelle un champ Description : un contact avec le fond se raconte, il ne se coche pas, et c'est cette ligne-là que l'assureur relira six mois plus tard.
Ce que le manager voit, et pourquoi la conversation change
Du côté de la terre, l'intérêt n'est pas que les cases soient cochées, mais que le non-coché devienne visible. Chaque checklist affiche un taux d'avancement et un compteur par section, du type trois éléments sur cinq. Un directeur technique n'a donc plus à demander si le travail a été fait : il voit ce qui ne l'a pas été, et sur quel bateau.
Les éléments de type Quantité ajoutent une seconde couche, souvent plus parlante encore. Lorsque la quantité réelle s'écarte durablement de la quantité attendue, ce n'est pas la checklist qui est en cause : c'est soit la consommation du bateau qui dérive, soit l'attendu qui a été mal calibré. Dans les deux cas, l'information vaut d'être regardée. C'est le même raisonnement que celui qui pousse les équipes à abandonner les tableurs : non pas parce qu'Excel coche mal, mais parce qu'il ne compare rien.
Enfin, la traçabilité nominative règle la question de départ. Chaque exécution porte son horodatage et son auteur, et les commentaires laissés en fin de checklist restent attachés à la navigation ou à la tâche. Pour un armateur soumis au code ISM, c'est précisément la matière qu'un auditeur demande.
Créer une checklist dans le BoatOn Book, pas à pas
Depuis le menu Paramètres, ouvrez Checklists. La liste affiche les modèles existants, les bateaux ou entités auxquels ils sont rattachés, les emplacements où ils apparaissent, leur auteur et leur dernière modification.
Cliquez sur Ajouter une checklist, puis donnez-lui un nom explicite. Préférez « Départ quotidien navette » à « Checklist 2 » : le nom est ce que l'équipage verra à bord.
Créez une première section avec Ajouter une section, et nommez-la par thème plutôt que par ordre : Vidanges et filtres, Sécurité, Relevés. Les sections structurent la lecture et donnent le compteur d'avancement.
Ajoutez les éléments avec + Oui/Non ou + Quantité selon ce que vous attendez. Pour une quantité, renseignez la quantité attendue et rattachez le composant concerné afin que la saisie remonte sur le bon équipement.
Attribuez si besoin un élément à une personne, à l'aide de l'icône d'ajout d'intervenant située à droite de la ligne. Réservez cela aux points qui relèvent vraiment d'un rôle précis.
En bas du modèle, choisissez l'actif associé, puis les emplacements dans le champ « Cette checklist apparaîtra dans ». Utilisez Ajouter une association pour répéter l'opération sur un autre bateau, avec des emplacements différents si nécessaire.
Terminez par Enregistrer le modèle. La checklist apparaîtra ensuite automatiquement à l'endroit choisi, par exemple dans l'onglet Checklist du livre de bord au moment de créer une navigation.
Cinq erreurs qui rendent une checklist inutile
Trop longue. Au-delà d'une quinzaine d'éléments par moment, le taux de complétion s'effondre et les cases se cochent sans regarder. Mieux vaut deux checklists courtes à deux moments distincts.
Formulée de façon ambiguë. « Vérifier le moteur » ne veut rien dire et ne prouve rien. « Niveau d'huile moteur entre mini et maxi » se vérifie, se conteste et se défend.
Sans emplacement. Un modèle qui n'est rattaché à aucun actif ni à aucun emplacement n'apparaîtra jamais à bord. C'est la cause la plus fréquente d'une checklist créée puis oubliée.
Sans quantités là où il en faut. Tout passer en Oui/Non revient à se priver des seules données exploitables ensuite : litres, heures, nombres de pièces.
Jamais relue. Une checklist se révise après chaque avarie sérieuse. Si une panne n'avait aucune chance d'être détectée par la checklist existante, c'est la checklist qu'il faut corriger.
Une checklist bien construite ne transforme pas un équipage, et elle ne remplace pas le métier. Elle fait une chose plus modeste et plus utile : elle fixe le niveau minimum en dessous duquel on ne descend pas, les jours de fatigue comme les jours de relève. Le reste, la traçabilité et le pilotage à distance, vient par-dessus. Pour voir comment ces briques s'articulent avec le reste de l'exploitation, la page modules du BoatOn Book en donne le détail, et notre guide de la GMAO maritime replace le sujet dans son ensemble.
Photo d'illustration : Pexels, licence libre.


