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Fluvial : 41 bateaux mesurent leur carbone avec le BoatOn Book

il y a 31 minutes
8 min de lecture

Un patron de péniche connaît sa consommation à peu près. Il surveille sa jauge, il compare ses factures de gazole d'un mois sur l'autre, et il finit par se faire une idée assez juste de l'appétit de son bateau. Ce qu'il ne sait pas, en revanche, c'est ce que tel voyage lui a coûté par rapport à tel autre, ni ce qu'il aurait économisé en descendant d'un demi-nœud. Dans le fluvial français, presque personne ne le sait.

C'est ce trou que l'ADEME, Entreprises Fluviales de France (E2F) et la Communauté Portuaire de Paris ont entrepris de combler. Les trois organisations ont retenu BoatOn pour équiper 41 bateaux fluviaux d'un boîtier connecté qui relèvera, automatiquement et pendant un an, leur consommation de carburant et leurs paramètres de navigation. L'opération s'inscrit dans le dispositif LOG-te du programme de certificats d'économie d'énergie ReMoVe.

L'affaire paraît purement technique. Elle touche pourtant à une gêne que la filière traîne depuis des années, puisque le transport par voie d'eau est unanimement présenté comme plus sobre que la route sans disposer des relevés qui le démontreraient. Le dispositif a été exposé aux professionnels lors des Assises nationales du fleuve, les 15 et 16 octobre à Marseille, et six titres spécialisés l'ont relayé entre le 21 mai et le 27 octobre 2026. Restent trois questions : ce qui sera réellement installé à bord, ce que la mesure permettra de conclure et ce qu'elle ne permettra pas, et la place qu'y occupe le BoatOn Book.

L'essentiel

  • 41 bateaux fluviaux seront instrumentés dans le cadre du dispositif LOG-te du programme de certificats d'économie d'énergie ReMoVe, doté de 38 millions d'euros sur quatre ans.

  • Trois commanditaires : l'ADEME, qui porte le dispositif, E2F, porteur associé et coordinateur national, et la Communauté Portuaire de Paris, qui pilote le déploiement territorial.

  • Chaque bateau reçoit un boîtier connecté collectant automatiquement les données de consommation et de navigation, ainsi qu'un an d'accès au BoatOn Book.

  • Six unités anciennes recevront en plus des débitmètres installés par Ecomer Data, interconnectés avec le logiciel qui centralise les données.

  • La couverture. Six articles parus entre le 21 mai et le 27 octobre 2026, dans la presse nautique professionnelle, la presse de la logistique portuaire et la presse économique régionale.

Ce projet ReMoVe démontre que la décarbonation du fluvial est possible dès aujourd'hui. Nous mettons notre technologie au service des opérateurs fluviaux. — Bertrand Gerbaud, président de BoatOn, cité par Ports et corridors

Le paradoxe que ReMoVe cherche à lever

La supériorité environnementale du fleuve sur la route ne fait débat nulle part. Elle se chiffre pourtant mal. Les ordres de grandeur qui circulent dans la profession proviennent de facteurs d'émission moyens et de ratios théoriques, presque jamais de relevés embarqués. Or un chargeur qui arbitre entre un camion et une barge ne tranche pas sur une moyenne nationale : il lui faut un chiffre qui tienne devant son propre auditeur, et qu'il puisse dater.

L'origine du vide n'a rien de mystérieux. Les flottes fluviales françaises comptent une forte proportion d'unités anciennes, souvent exploitées par des entreprises de quelques salariés, pour qui poser des capteurs n'a jamais été la priorité du mois. L'absence de données traduit un défaut d'équipement, pas un désintérêt. Dès lors, réclamer des déclarations supplémentaires aux exploitants n'aurait servi à rien : c'est l'instrumentation qu'il fallait financer, et c'est le parti qu'a pris le dispositif LOG-te.

Automoteur de fret fluvial à quai sur un bief aménagé
Photo d'illustration. Les flottes fluviales françaises comportent une proportion importante d'unités anciennes, rarement instrumentées.

Un boîtier par bateau, des débitmètres pour les plus anciens

Pour chaque bateau, le programme prend en charge la fourniture et l'installation d'un boîtier connecté qui collecte tout seul les données de consommation et de navigation. S'y ajoute un an d'accès au BoatOn Book, lequel réunit dans un même environnement la gestion de la maintenance, la gestion d'équipage, le livre de bord et le bilan carbone automatisé. L'exploitant n'a donc rien à saisir le soir venu : c'est le bateau qui parle.

Restait le cas des unités trop anciennes pour livrer quoi que ce soit d'elles-mêmes. Six d'entre elles recevront des débitmètres posés par Ecomer Data, qui mesureront le carburant réellement brûlé avant d'en transmettre le relevé au système de suivi. Le détail peut sembler mineur ; il ne l'est pas. Écarter ces bateaux au motif de leur âge aurait vidé l'exercice de sa substance, puisque ce sont précisément eux qui consomment le plus.

Une consommation mesurée, des émissions calculées

Un point conditionne toute la lecture des résultats à venir, et mieux vaut le poser maintenant qu'après coup. Le dispositif relève une consommation de carburant ; les émissions de CO2 en sont ensuite déduites par application des facteurs d'émission correspondants. Aucun bateau ne reçoit donc de capteur mesurant directement un rejet de gaz à effet de serre, comme le relève Bouger à Bordeaux, seul des six titres à s'être arrêté sur la nuance.

Une seconde précaution s'impose, et BoatOn l'assume volontiers : à ce stade, l'annonce porte sur l'instrumentation et sur l'accompagnement des exploitants, et elle ne permet d'attribuer aucun pourcentage d'économie aux 41 unités. Établir un gain supposera de comparer les consommations à activité réelle constante, faute de quoi une simple baisse de trafic se confondrait avec un progrès d'efficacité. C'est à cette condition que les chiffres tiendront devant un tiers. C'est aussi, très exactement, ce qui sépare une mesure d'un argument commercial.

De Marseille au bief de la Seine

C'est à Marseille, les 15 et 16 octobre, que le projet a été présenté à la profession, lors de la troisième édition des Assises nationales du fleuve organisées par E2F. Le choix de la ville n'était pas neutre, puisque Marseille est la porte maritime de l'axe Méditerranée-Rhône-Saône, second corridor fluvial français derrière Seine-Escaut. Pendant deux jours, il y fut question de ressource en eau, de corridors et de financements, et la même interrogation revenait en filigrane d'une table ronde à l'autre : avec quoi la filière compte-t-elle démontrer ce qu'elle avance depuis vingt ans ?

La répartition des rôles au sein du consortium explique d'ailleurs pourquoi le dispositif atteint réellement les exploitants. E2F assure la coordination nationale en lien avec les pouvoirs publics, tandis que la Communauté Portuaire de Paris, forte de ses 130 membres sur le bief de la Seine, pilote le déploiement territorial et va chercher les armateurs un par un. Le dispositif ne descend donc pas d'une administration vers des bateaux : il chemine par les organisations que les exploitants fréquentent déjà.

La reprise dans la presse professionnelle

Aucun de ces six titres n'est un quotidien national, et il serait malhonnête de laisser croire le contraire. Ce sont des journaux professionnels, lus par des publics étroits mais exactement concernés : équipementiers nautiques, logistique portuaire, économie régionale. Chacun a tiré le fil qui intéressait ses lecteurs, et l'ensemble finit par donner du dispositif une lecture assez complète :

Les leviers que la mesure rend visibles

Le LOG-te fluvial ne se réduit pas à poser des boîtiers et à attendre. Il associe un diagnostic, un plan d'action et un suivi des consommations, et les leviers qu'il vise tiennent autant à la manière d'exploiter qu'aux équipements eux-mêmes :

  • La conduite du bateau. Ajuster une vitesse de navigation produit des effets immédiats, à condition de pouvoir observer la courbe de consommation plutôt que de l'estimer.

  • L'organisation des rotations. Le temps passé en navigation, l'attente à quai et la charge transportée pèsent sur le résultat, et expliquent pourquoi deux trajets apparemment identiques ne donnent pas les mêmes chiffres.

  • L'entretien de la coque. La propreté de carène fait partie des gains cumulatifs que seule une mesure continue permet de valoriser.

  • Le branchement électrique à quai. Il limite le fonctionnement des moteurs à l'arrêt, poste rarement quantifié faute d'instrumentation.

  • La préparation d'une remotorisation. Le suivi ne remplace pas la décision d'investissement : il fournit les éléments pour la hiérarchiser, puis pour vérifier dans la durée qu'elle a produit l'effet attendu.

Pris isolément, aucun de ces leviers n'a de quoi impressionner. C'est leur cumul qui fait la différence, et c'est pourquoi la mesure continue l'emporte sur l'audit ponctuel, un mécanisme que nous avions déjà observé sur les données d'exploitation des navires à propulsion vélique.

Le BoatOn Book, logiciel de référence du fluvial français

Trois organisations, publiques et professionnelles, avaient à choisir l'outil sur lequel reposerait la première campagne de mesure menée à l'échelle d'une flotte fluviale représentative. Elles ont retenu le BoatOn Book. Aucune opération d'instrumentation de cette ampleur n'avait été conduite jusqu'ici sur la flotte fluviale française, ce qui installe aujourd'hui ce logiciel en référence du secteur, non par déclaration mais par usage.

Ce choix s'explique d'abord par le périmètre. Là où le marché propose des outils spécialisés qu'il faut ensuite raccorder les uns aux autres, le BoatOn Book réunit dans un seul environnement la maintenance, la gestion d'équipage, le livre de bord et le bilan carbone automatisé. Pour une entreprise de quelques bateaux, la différence n'a rien de théorique, comme le montre le passage du tableur au logiciel métier : entre un outil réellement tenu à bord et une juxtaposition de fichiers que plus personne ne met à jour, l'écart n'est pas de confort, il est de nature.

  • Un périmètre complet. GMAO, équipage, livre de bord et empreinte carbone dans un même environnement de travail, selon les principes décrits dans notre guide de la GMAO maritime.

  • Une donnée opposable. Un historique constitué au fil de l'eau, mobilisable devant un chargeur, un financeur ou un vérificateur, dans la même logique que le livre de bord électronique désormais encadré par la réglementation française.

  • Une lecture de flotte. La possibilité de comparer les bateaux entre eux et de repérer les écarts anormaux, ce qu'aucun relevé isolé ne permet.

  • Un logiciel français et polyvalent. Déployé du fret fluvial aux navettes à passagers, de la pêche aux travaux maritimes, et disponible en 25 langues pour les équipages internationaux.

Reste la question du coût, qui décide souvent de l'adoption dans des entreprises de quelques salariés. Le programme ReMoVe finance l'accès pendant un an, ce qui lève l'obstacle initial ; au-delà, les différentes formules du BoatOn Book permettent de calibrer l'outil sur la taille réelle de la flotte. La même pression documentaire se dessine du reste côté maritime, où la Commission européenne a proposé d'étendre le marché carbone aux navires de 400 à 5 000 GT à l'horizon 2031. La séquence est toujours la même : on commence par déclarer, puis on paie sur ce qu'on a déclaré.

Les 41 bateaux n'ont pas encore livré leurs premières courbes, et l'essentiel du travail reste devant : poser les boîtiers, relever, puis comparer à activité constante. Reste que la filière abordera le prochain débat sur le report modal avec autre chose que des moyennes nationales. Elle disposera d'une flotte représentative, instrumentée, dont les consommations se compareront entre elles et dans le temps. Pour un secteur qui plaide depuis vingt ans sans pouvoir produire ses chiffres, le changement n'est pas mince.

Vos bateaux ne figurent pas parmi les 41 retenus ? Rien n'empêche d'essayer le BoatOn Book sur votre propre flotte et de regarder ce que vos consommations ont à raconter. Le détail des modules, des formules et des tarifs se trouve sur la page des offres BoatOn.

Crédits photo : Unsplash et Pexels, licence libre.

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